Je n'aime pas Charlie Hebdo

Quelques mots en vrac. Je ne relirai pas, il est trop tard pour ça...

En général, je trouve leur humour trop gras, trop rentre-dedans. On te donne une grande beigne en pleine figure pour te faire ouvrir les yeux sur des trucs choquants ou absurdes. Ça réveille, mais même si les idées derrière touchent à des principes profonds et essentiels (notamment la fameuse laïcité à la française, celle de 1905 hein, la tolérante, pas son reboot du XXIe siècle fondé non plus sur le respect de la liberté de conscience d'autrui, mais sur le recentrage égoïste qui ne veut pas être dérangé par l'expression des convictions religieuses de l'Autre), les envoyer au bazooka à la figure des gens n'est pas forcément la manière la plus efficace de les en imprégner.

Un peu comme quand pour lutter contre la somnolence, on secoue la tête sur l'autoroute avec l'impression que cela nous réveille. Oh, on est réveillé quelques secondes, mais après on retombe.

J'ai la même impression avec Charlie Hebdo. Des baffes pour réveiller, et puis le lendemain on ne s'en souvient pas.

Mais la baffe de ce midi, je ne suis pas prêt de l'oublier.

J'ai l'impression que tout a déjà été dit par des gens qui pensent et écrivent bien mieux que moi, a fortiori à minuit. Des gens qui ont parlé pour moi. Qui sont allés aux divers rassemblements pour moi car je ne pouvais pas m'y rendre.

Mais maintenant que le choc du moment est passé, une fois n'est pas coutume avec Charlie Hebdo, il reste quelque chose. Quelque chose qui, à cette heure-ci, me semble aussi fort que l'image de Rostropovitch jouant près du Mur de Berlin en novembre 89. Comme un écho. En 89, à 17 ans j'ai pleuré en apprenant la chute du Mur. Ce soir, à 42 ans j'ai pleuré en voyant que pour cette liberté si chèrement acquise pour certains il y a un quart de siècle, des gens sortaient encore dans la rue. Ils sont sortis (un peu partout dans le monde apparemment) non pour défendre des caricaturistes dont la plupart n'avaient jamais entendu parler, mais pour proclamer qu'il ne servait à rien d'essayer de bâillonner des journalistes, d'assassiner avec des armes de guerre des gardiens de la paix (pour le coup, j'ai envie de mettre un P majuscule à Paix). Que la liberté, et en particulier la liberté d'expression était un pilier fondamental de la démocratie.

Alors merci. Merci à tous d'avoir montré que la liberté, c'était bien plus que ce mot qu'on a tant l'habitude de lire sur les frontons de nos mairies qu'on ne le remarque plus.

Il est probable que je n'achète pas plus Charlie Hebdo maintenant que je ne l'achetais jusqu'à présent. Mais à chaque fois que je verrai la couverture du journal, à chaque fois que je verrai des couvertures de journaux se répondre et parfois se heurter violemment dans un kiosque, je crois que je penserai à ceux qui ont été assassinés aujourd'hui.

Et sur un plan plus personnel, ils n'ont pas tué en Cabu qu'un caricaturiste. Ils ont aussi tué le petit mec à lunettes et à la coupe de cheveux au bol avec lequel j'ai passé tant de mercredis après-midi gamin...

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